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Samedi 6 août 2005

Le métal du début des années quatre-vingt-dix, est un métal qui se veut underground. Le néo-métal par contre se veut médiatique. Le fait que le néo-métal soit surmédiatisé pose certains problèmes comme nous avons pu le constater précédemment. C’est le problème de la surmédiatisation d’un genre musical qui est à l’origine un mouvement underground.

Cette surmédiatisation engendre aussi d’autres problèmes avec surtout le problème de l’objet de consommation qui est par essence un objet qui une fois consommé se jette.

Par ailleurs, il faut ajouter à ces problèmes, le fait que la musique appartient à un système de cycles, et que d’autres mouvements voient le jour ou renaissent.

Le changement de statut du métal – underground / médiatisé- fut l’une des causes qui ont fait que les amateurs de métal de la fin des années quatre-vingt se sont détachés du mouvement néo-métal. Ces fans sont des personnes aimant l’underground. Ils aiment découvrir des groupes totalement inconnus et se détachent des groupes connaissant un certain succès. Ils aiment se vanter de connaître un groupe avant même qu’il ne soit connu : c’est une sorte de quête du Graal. Les seuls moyens de médiatisation acceptés sont les fanzines, qui sont par essences lus par un petit groupe de personnes, et les magazines spécialisés qui ne touchent que les personnes intéressées. Ce raisonnement pousse les fans à n’aimer que des groupes undergrounds. Le nouveau métal ne pouvait donc que les écœurer. D’autant plus que les fans de métal étaient à l’origine farouchement opposé au rap.

Le néo-métal a donc souffert de cette médiatisation, tout du moins au  départ, puisque comme nous l’avons constaté auparavant le néo-métal s’adresse à un autre public, un public aimant le métal mais aussi les mélodies, mais surtout un public plus jeune.

Cette médiatisation ne risque t-elle pas d’écœurer ce nouveau public à son tour ?

Vers la fin des années quatre-vingt, le glam rock a fortement souffert de sa médiatisation. Ce qui en a résulté, c’est le déclin du mouvement, et surtout l’apparition d’autres mouvements : le trash, le death, le speed, le power métal, et le grunge. Aucun de ces mouvements n’a eut pour vocation d’être médiatisé à outrance. C’était une sorte de réaction à la décadence du glam rock. Dès lors, ils pouvaient être aussi brutal que possible. Seul le grunge a obtenu une grosse médiatisation mais celle-ci fut en retard, c’est-à-dire que les médias s’y sont réellement intéressés que lorsque le mouvement était mort ou presque.

Si l’on retient donc les enseignements du passé, la sur-médiatisation sonne t-elle le glas du mouvement néo-métal ?

Le phénomène de la médiatisation est par ailleurs beaucoup plus important que dans les années quatre-vingt, que ce soit avec le nombre croissant des chaînes de télévision, ou même l’arrivée de l’Internet. Sur ce dernier média, si vous taper le nom de l’un des leaders du mouvement néo-métal dans un moteur de recherches, vous obtiendrez plus d’un million de sites répertoriés, à savoir que les moteurs de recherches ne montrent pas toujours les mêmes sites. Aujourd’hui nous sommes dans l’ère de l’image, à un point tel que même les guerres se font  en partie par l’image. L’image a acquit un pouvoir beaucoup plus important qu’il y a vingt ou dix ans. L’impact de ces images n’est donc plus le même non plus. Il est devenu tout simplement beaucoup plus important, influent.

Le fait de surmédiatiser un groupe ou une chanson conduit facilement à la mort prématurée de ce groupe ou de cette chanson commercialement. Les ventes augmenteront plus rapidement, mais elles chuteront tout aussi brutalement.

Ce phénomène quoi qu’il arrive s’intègre parfaitement dans la démarche des médias et des majors actuels. Comme le nombre de groupes est important, ils préfèrent matraquer médiatiquement le groupe durant un court moment, gagner un maximum d’argent dans un temps limité. C’est ce qu’ils appellent l’efficacité. Cependant, cette technique marketing nui à l’image des groupes à long terme. Mais pour ces marchands de musique, ce n’est pas grave puisque il y a encore beaucoup de groupes à présenter. C’est vite vu pour les majors et les médias, beaucoup d’argent d’un coup, et quand le groupe ne marche plus, on envoie un autre au casse pipe, peu importe pourvu qu’il apporte de l’argent.

Plus haut nous évoquions Popstar. Cette émission est un exemple révélateur de cette musique qui devient un objet de consommation et qui se vide de sens, de son art. Le matraquage médiatique est tellement important que la musique marche auprès du consommateur. Le média rentre alors dans un cercle vicieux, comme il a matraqué cette chanson, le public aime cette chanson et donc demande à l’entendre. Le cercle est d’autant plus vicieux, qu’il ne permet plus, en règle générale, de passer autre chose que cette musique formatée, cette musique objet.

Historiquement, la musique crée des changements sociaux, ou l’inverse, c’est-à-dire les nouveaux courants sociaux crées de nouveaux genres musicaux et s’imposent aux marchands de musique ainsi qu’aux médias. Or aujourd’hui, dans notre ère de l’information et de l’image, ce schéma n’existe plus. Ce sont les marchands de musique et les médias qui ont créé le phénomène expliqué précédemment. C’est un réel bouleversement. Un paradoxe se pose, quand une chanson plait au consommateur, il n’est pas content si elle n’est pas diffusée,  par contre lorsque cette même chanson est diffusée, il s’en lasse rapidement, surtout s’il l’entend souvent.

Finalement n’est diffusé que ce qu’on appelle la musique clinex, un objet que l’on jette après usage. C’est ce qui plait au grand public, mais c’est ce qui est proposé par la surmédiatisation. Une véritable culture du formaté média s’est imposée, et si on demandait aux consommateurs s’ils veulent que ça change, il est loin d’être sûre qu’ils répondent oui. Le métal, avec le néo-métal mélodique appartient à ce réseau.

Les irréductibles du métal de la fin des années quatre-vingt n’auraient jamais imaginé que le métal puisse être, un jour, un objet de consommation de masse.

Le problème, dès lors, est que les généralités deviennent faciles. Les groupes fondateurs sont touchés par cette généralisation au point que le terme de néo-métal devient en 2003, soit près de dix ans après l’apparition du mouvement, presque péjoratif. Grand nombre de groupes maintenant réfutent l’idée qu’ils puissent appartenir à la famille néo-métal alors que leur musique et leur son sont néo-métal. C’est l’image qui leur déplait. De plus pour les fans de la première heure, cette musique a un public jeune, et ne se sentent donc plus tout à fait en accord avec le mouvement.

 

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Par Zornitza - Publié dans : Dossiers
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