Nu-Rock
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Pour prendre le même exemple que pour la radio, lors de la sortie du dernier album de Korn, MTV France a diffusé soixante spots avant et cinquante après la sortie de l’album, et les chiffres sont les mêmes pour MCM. En fait MTV, qui est la chaîne musicale la plus regardée au monde, a dès 1998 matraqué les clips néo-métal, augmentant ainsi le phénomène de mode. Ils s’en sont servi et ainsi ont pu surfer sur la vague.
Cependant comme pour la radio, la télévision n’a pas aidé le néo-métal à se faire connaître, mais a pris le mouvement en plein essor. Les médias n’ont pas voulu faire la même erreur que lors du phénomène grunge à la fin des années quatre-vingt. En effet les médias avaient complètement loupé le coche en ne récupérant la vague grunge qu’au moment de son agonie. Or le mouvement grunge était commercialement le mouvement d’active rock le plus vendu à l’époque, à tel point que la mort de Kurt Cobain fut vécue comme un drame mondial chez les jeunes. Ici, il était hors de question de laisser passer le mouvement, car il y a beaucoup trop d’argent en jeu. Ainsi sur la chaîne MTV 2, certains groupes passent en permanence. Sur la chaîne MTV Latina, diffusée partout en Amérique latine, la fréquence de rotation des clips de néo-métal est tout à fait singulière par son importance incroyable.
En 1998, sort le film Godzilla. La chanson phare de la bande originale, Come With Me, interprétée par Puff Daddy et Jimmy Page, devient un tube planétaire. Le clip de cette fusion rap / métal est alors diffusé sur toutes les chaînes de télévisions occidentales programmant une émission musicale. Bien sûr il ne s’agit pas ici de néo-métal à proprement parler, mais le son s’en rapproche, et le fait de l’avoir sur-médiatisé et sur-diffusé a permis à l’auditeur lambda de se familiariser avec ces nouvelles fusions. La même année sort le tube qui a déclenché le processus de médiatisation du mouvement néo-métal, Got The Life de Korn, car même s’il est vrai que d’autres clips étaient diffusés avant, ils ne bénéficiaient pas d’une grosse rotation.
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Le mouvement néo-métal vient des Etats-Unis mais a touché tout le monde occidental. Au point que non seulement les radios américaines mais aussi les radios européennes l’ont diffusé. En France, l’évolution des passages radio est édifiante. Il y a huit ans, lorsque le premier album de néo-métal est sorti, aucun support radio ne diffusait cette musique. La première chanson à être diffusée en playlist en France fut Blind de Korn, sur Fun Radio en 1995. Malheureusement pour le mouvement, les autres radios françaises n’ont pas immédiatement suivi. Il faudra attendre le troisième album de Korn pour qu’une autre chanson néo-métal soit programmée en playlist radio : Got the Life sur Fun Radio en 1998. Avant cela, les chansons de néo-métal n’étaient diffusées en radio que manuellement ou occasionnellement au cours d’émissions spécialisées. Ce n’est qu’en 2000 qu’une multitude de chansons néo-métal sont diffusées en playlist. Sur Ouï Fm, la première chanson néo-métal en playlist fut Change (in the house of Flies) de Deftones durant l’été 2000.
Dès lors les radios découvrent un potentiel de tubes incroyables. Linkin Park en fut l’un des heureux bénéficiaires avec la chanson In The End qui eut un très large succès : mille vingt deux passages jusqu’à aujourd’hui sur Ouï Fm et une très grosse rotation sur Europe 2 : soixante passages par semaine et ce durant six semaines. La même année, Butterfly, chanson du très controversé Crazy Town fut diffusée en playlist durant près de trente semaines sur Skyrock, la radio rap, mais aussi sur Europe 2 et sur Ouï Fm. Ce groupe est controversé car il est considéré comme l’un des plus mauvais groupes de rap métal, qui fait absolument tout pour être diffusé, et qui a même payé pour pouvoir jouer au célèbre festival américain : l’ Ozzfest. De même que Limp Bizkit, qui fait un énorme carton avec la chanson Take a Look Around tirée du film Mission Impossible 2, diffusée sur presque toutes les radios. Dès lors la porte est ouverte au mouvement. Depuis 2001, P.O.D. est passé huit cents fois sur Ouï Fm avec la chanson Youth Of The Nation, Staind est passé sept cent soixante-dix sept fois avec la chanson It’s Been a While, toujours sur Ouï Fm.Beaucoup d’autres chansons sont diffusées. Plus récemment, The Used, par exemple, avec la chanson The Tast of Ink, et surtout le nouveau Linkin Park : Somewhere I Belong. Le phénomène est tellement important qu’Europe 2 le place en meilleure rotation avec soixante passages par semaine, soit un passage presque toutes les deux heures. Il faut savoir que le groupe est devenu en l’espace de deux ans le groupe le plus vendeur du mouvement néo-métal avec plus de dix millions d’albums vendus dans le monde soit cinq fois disque de diamant, surpassant Korn ou même Limp Bizkit. Pour donner une idée de ce que cela peu représenter, en réunissant ce qu’ont vendu toutes les stars academys européennes, nous n’atteindrions pas encore ce chiffre.
Europe 2 s’approprie aussi l’image du groupe avec une grosse campagne d’affichage dans le métro parisien, entre autres. Le matraquage des chansons n’est pas l’unique façon de passer du néo-métal à la radio, la pub est aussi un moyen très efficace de diffuser la musique. Les maisons de disque l’ont bien compris, en prenant l’exemple du dernier album de Korn, Untouchables : vingt spots de pub étaient diffusés sur Ouï Fm avant la sortie, quarante après.Pour retourner au sommaire, cliquez ici.
Pour la presse métal, le néo-métal est loin d’être une nouveauté, une révélation. Ils commencent réellement à en parler vers 1996. Avant ils chroniquaient ces albums comme ils auraient chroniqué n’importe quel autre album. Les chroniques d’albums néo-métal étaient écrites parmi les autres sans faire de réelle différence avec ce qui se faisait à l’époque. Ils ne considéraient pas forcément qu’il s’agissait d’une nouvelle forme de métal. Ils considéraient les groupes fondateurs du mouvement comme des groupes au son glauque, légèrement différents, mais qui n’étaient, selon eux, pas des révélations. Il aura fallu attendre le soutien du public pour qu’ils commencent à en parler, bien plus par devoir et obligation marketing que par affinité. Par contre, les groupes à forte connotation rap étaient très mal perçus par la presse métal occidentale.
Cependant, l’intérêt du public pour ce nouveau métal en a inspiré plus d’un. Ainsi vers 1994, sort en France le premier exemplaire du magazine Rock Sound. Ce magazine très influencé par la scène rock américaine, s’intéresse à toutes les formes du rock actuel, en passant du grunge, du métal, du néo-métal, de la fusion, et autres mouvements rock. Ce magazine fut durant de longues années le seul média presse français à encourager le mouvement néo-métal. Le néo-métal y a pris une importance considérable avec à peu près un quart des couvertures représentant des groupes du mouvement, en particulier Korn, Limp Bizkit, Deftones, et des groupes de néo-métal français. Dès 1998, il est devenu très rare de ne pas tomber sur un article, une interview, ou une chronique portant sur un groupe de néo-métal.
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Tout comme dans le rap, les groupes de néo-métal se regroupent et forment une famille prête à s’entraider à la moindre difficulté. Certains créent même leur propre label afin de faire connaître leurs amis. C’est le cas de Korn, qui crée en 1998 son label : Elementree, afin de produire des groupes comme Deadsy ou Videodrone. Des groupes en découvrent d’autres, Korn a découvert Limp Bizkit, Slipknot a découvert Down The Sun.
On met en place des festivals itinérants comme le Family Values Tour. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres mais c’est essentiel. Le meilleur moyen de diffuser un mouvement, est de s’imposer en masse, et permettre à d’autres groupes de voir le jour. Ainsi les sonorités se répandent plus rapidement, c’est l’effet en chaîne, et deviennent familières à un plus large public.
Certaines chansons sont des occasions de se présenter :
« Welcome to the original Papa Roach soundfire
Viva La Cucaracha
My name's Coby Dick »
Papa Roach, Infest
Ou de présenter d’autres artistes :
« Too bad I got your beans in my bag, stuck-up sucka',
Korny motherfucka'. Takin' over flows is the Limp pimp,
need a Bizkit to save this crew from Jon Davis. »
Korn, All in the family, invité : Fred Durst de Limp Bizkit
Tout est mis en œuvre pour aider d’autres groupes, soit parce qu’ils sont issus de la même tendance musicale, soit tout simplement par affinité. Les risques n’en demeurent pas moins grands. En effet la popularité d’un groupe peut être ébranlée par le groupe qu’il a promu. C’est ce qui c’est passé pour Korn et Limp Bizkit. Il a fallu que Korn se surpasse pour revenir au devant de la scène. Et c’est ce qui est en train de se passer en ce moment avec la vague néo-grunge aux Etats-Unis.
Contrairement au métal qui se veut underground, ce mouvement a besoin d’être diffusé. Leur ambition est différente de celle du death, ou du power métal. Pour pouvoir être diffusé par les médias, les groupes néo-métal doivent calmer certains passages de leurs chansons. Un groupe doit faire des concessions, il doit peut-être devenir moins dur, faire des chansons formatées radio, et surtout ne pas hésiter à faire des émissions. C’est d’une certaine façon un retour en arrière. Slayer fut le premier groupe de métal à sortir un album sans une seule chanson calme, un album violent du début à la fin. Ici, même les plus irréductibles calment volontairement au moins une chanson pour pouvoir être diffusés, ou du moins dans le but de l’être. Ce métal est donc adouci.
Les groupes de néo-métal sont aussi les premiers à accepter de se faire sponsoriser par des marques de sport. Les groupes fondateurs portaient tous des chaussures Adidas, tout comme Anthrax avant eux, d’ailleurs. Le phénomène fut tellement grand que partout les kids se remirent à porter ces chaussures. Mais ils n’avaient pas passé de contrat avec la marque. Puma a senti l’affaire et a sponsorisé Korn, et relancé par la même occasion la marque. Cela peut paraître étonnant, mais ces deux célèbres marques ont énormément bénéficié du courant néo-métal.
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La fusion n’est pas une tendance nouvelle. Déjà dans les années cinquante, on voit apparaître quelques mariages musicaux, premières bribes de la fusion. Mais cette fusion évoluait en marge, et demeurait très peu connue du grand public. Il faudra attendre 1984, pour voir une petite révolution dans l’univers musical : le premier album des Red Hot Chili Peppers, un mélange de funk, de hard rock, de folk à la Dylan, de punk à la Sex Pistols, et de hardcore. Leur look est variable, ils sont extravertis, entre des punks et des travestis, leurs coupes de cheveux parfois psychédéliques. Anthony Kiedis, le chanteur, apprend très vite la façon de chanter rap, pour ajouter une autre touche à cette fusion délirante, de véritables visionnaires.
Un autre groupe commence une carrière qui s’avèrera prometteuse à la même époque : Faith No More. Ce groupe de San Francisco, tout aussi fou, sort en 1989 le mythique album : the real thing, après des débuts laborieux. Le single Epic au rap puissant, lyrique et très métal, doté d’un refrain très accrocheur sera un énorme tube en 1989. Le groupe est de suite propulsé au devant de la scène avec leur fusion décoiffante. Il mélange astucieusement le funk, le rap, le psychédélisme, le punk et le hardcore, tout comme les Red Hot Chili Peppers, mais en restant plus métal.
A la même époque, Nine Inch Nails, New Order et Depeche Mode bombarde le monde de leur musique rock électronique.
En ce qui concerne le mariage du métal et du rap, il faut revenir en arrière avec la collaboration des rappeurs de Run DMC avec le groupe rock Aerosmith, pour offrir un lifting à la chanson Walk This Way. Cette chanson est un tube, mais on ne prend pas cette collaboration au sérieux, « c’était juste pour rigoler, pour le fun ». Mais quoi que l’on dise l’intérêt pour cette fusion grandit.
Le trio de rappeurs blancs Beastie Boys utilise la même recette sur son premier album : Licensed to ill en 1986.
Au même moment le groupe White zombie sort son premier album, conjuguant métal et beats techno.
Cependant, les fans de métal ne s’y retrouvent pas encore, le son n’est pas encore assez lourd. Ils seront surpris de constater que le morceau I’m the man d’Anthrax sorti en 1987 est un tube. Le groupe a toujours été confronté à cette culture rap, et s’y intéressait de près. Ils feront plusieurs chansons dans un style que l’on pourrait qualifier de rap métal. Ce groupe se prétend inventeur du néo-métal, ils n’ont pas tout à fait tord mais ils ne sont qu’une partie (certes importante) de la chaîne des influences cross over du néo-métal.
En 1992, une nouvelle révolution s’opère. Rage Against The Machine sortent leur premier album : Rage Against The Machine. Ce groupe attire de nombreux fans de rock vers le métal. Leur son est métal, le chant est rap : rap métal. C’est le premier groupe qui s’identifie réellement comme rap métal, toutes leurs compositions tournent autour de cette fusion. D’ailleurs, à l’époque, on qualifiait cette de musique de fusion et pas encore de rap métal. La machine est lancée.
Le mouvement métal que l’on croyait sectaire accepte le jeu de cette nouvelle donne. En 1993, sort la première bande originale de film jouée pour chaque titre par un groupe de métal et un groupe de rap : Judgement Night. Des monstres sacrés tels que Slayer, BioHazard ou encore Helmet se lancent dans l’aventure, et collaborent respectivement avec Ice T, Onyx, et House of Pain. Cet album est essentiel pour son coté historique puisqu’il est le premier album cross over de groupes de métal et de groupes de rap.
Tous est alors réuni pour qu’un nouveau son, une nouvelle tendance émerge : la culture hip hop, la frénésie technoïde, et un métal en évolution.
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Vers la fin des années quatre-vingt, un goût prononcé pour les sports extrêmes se développe parmis les jeunes : le surf, le snowboard, le base jump, le saut à l’élastique, et le skate. Ce dernier reste le seul sport urbain parmis ces disciplines.
Une industrie proche de ce sport à roulettes se met en place, et de grosses marques de street wear contribuent largement à son essor. A l’époque, la musique principalement écoutée reste le hip-hop. Mais le mouvement évolue vite, et le métal puis le néo-métal prennent le relais pour laisser finalement place aujourd’hui à un melting-pot de rap, métal, néo, et punk américanisé. Cette discipline devient un phénomène de mode dès les années quatre-vingt-dix et touche tout le monde occidental. Une nouvelle génération urbaine est née : la génération X, une génération marquée par la multiplication des divorces, de la crise économique mondiale, et une crise sociologique. On aime la bière, certaines drogues telle que le shit, on porte des jeans baggy, de grosses chaussures de sport, on a le goût des sports extrêmes et on exploite tout ce que la ville a à offrir : on fait du street. On aime aussi écouter de la musique agressive, ce qui rappelle l’univers dans lequel on évolue. Ce sport devient tellement à la mode qu’il est fréquent de voir des jeunes se promener avec une planche sans même en faire et sans savoir en faire. La planche devient un lien social, le leader sera le plus doué, il sera alors courtisé. Sociologiquement, ce phénomène est important puisque une nouvelle catégorie de minis sociétés se créées, des leaders d’opinions naissent. Ce phénomène touche une grande partie des 14/20 ans.
Les grands groupes de divertissement l’ont bien compris, et en 1998 sort un jeu qui aura plus qu’un large succès : Tony Hawk’s Pro Skater. Ce jeu sera acheté en millions d’exemplaires dans le monde. Outre le jeu, ce qui nous intéresse dans notre démonstration, c’est la musique qu’il a véhiculé. Ainsi on a pu découvrir ou re-découvrir les chansons Infest de Papa Roach et Head Up des Deftones.
Le skate se retrouve dans des clips vidéo tels que Back to School des Deftones ou Break Stuff de Limp Bizkit.
Le néo-métal est né, d’une fusion du hip hop et du métal. Il touche alors logiquement et directement cette génération. Des groupes fondateurs pratiquent eux-même ce sport. Les Deftones en font partie.
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Nous avons vu dans le dossier précédent que le thème de l’enfance est largement présent sur les pochettes. Il l’est également dans les textes.
“So why don't you run, so why don't you run
So why don't you run back to school”
Deftones, Back to school
L’imagerie de l’enfant est récurrente dans l’univers de Korn. Dans sa jeunesse, Jonathan Davis, le chanteur, se faisait souvent battre par ses camarades. Il s’habillait différemment des autres, il jouait de la cornemuse dans l’orchestre de son lycée, il était en permanence replié sur lui-même à cause de problèmes psychologiques liés à l’identité. Il était accusé d’homosexualité : thème repris dans la chanson Faget. Un grand nombre de leurs clips se déroulent dans l’univers scolaire, comme dans Thoughtless. Ils reviennent même dans leur ancien lycée, Highland High de la ville de Bakersfield, pour tourner le clip de Clown, qui montre le chanteur pleurer dans les douches. Les problèmes relationnels (avec sa famille ou avec ses camarades d’école) et identitaires de l’adolescent en manque de reconnaissance sont l’un des piliers des thèmes abordés par le néo-métal.
« Sometimes I only remember the days when I was young »
Adema, The way you like it
Cet engouement pour la vie scolaire se retrouve aussi dans les films américains à grand succès, tels American Pie, Road Trip et autres Sex Academy. L’adolescent y est stéréotypé, il ne pense qu’à être populaire et à être dépucelé. Mais cette quête de la popularité est dangereuse car celui qui ne l’est pas est sujet aux moqueries, au racket. L’élève impopulaire se renferme sur lui-même, d’autant plus s’il est mal dans sa peau. Il peut être en prise à la dépression, et ressentir un profond mal être. Ce sentiment peut mener au suicide, à la délinquance, la prise de drogue, ou pire, à nourrir une haine infinie pour le système, qui le conduirait à des actes de folie comme le meurtre de ses camarades. Pour peu qu’il écoute une musique dite violente, celle-ci sera montrée du doigt, sans pour autant qu’il y ait de réels fondements comme ce qui c’est passé à Columbine high school où deux adolescents firent un massacre.
« When you're painted in the corner of a no-good life
This is...
No kind of life! This is no kind of life! »
Slipknot, No life
Le chanteur de néo-métal a le droit de montrer ses émotions, sa rage, sa détresse, c’est même mieux de tout laisser ressortir au grand jour. Les chansons en seront d’autant plus rageuses, chose impossible auparavant dans le métal tel que le trash ou le death, où les chanteurs sont des brutes intouchables et où chaque phrase est chantée de la même façon. Les groupes fondateurs du mouvement sont très touchés par la détresse des enfants et n’hésitent pas à en parler. D’ailleurs, ils s’identifient à cette détresse.
Korn étant un leader du mouvement, le thème de l’enfant sera dès lors crucial, raconté, traduit de long en large. L’enfant fait partie d’une famille mais aussi de la famille néo-métal : il est parfois appelé « Korn Kid », terme que l’on retrouve dans la chanson All in the family, dans laquelle le chanteur de Limp Bizkit et celui de Korn se lancent dans une joute verbale. La famille se réuni d’ailleurs chaque année lors d’un festival itinérant créé en 1998 par le label Elementree : Family Values Tour.
Les leaders du mouvement se battent pour faire connaître au plus grand nombre des formations inconnues avec qui ils ont des affiliations musicales ou relationnelles. C’est la famille néo-métal.
“Fuck you titty suckin' two-bob bitch with a fat green clit”
K@#*0% (kunt!) de Korn
L’adolescence c’est aussi la découverte de la sexualité. L’univers du néo-métal étant essentiellement composé d’hommes, la sexualité et le thème de la femme sont récurrents. Korn surprend tout le monde avec sa chanson portant le nom de la célèbre marque de sport A.D.I.D.A.S., mais ici les initiales sont celles de la phrase : « All Day I Dream About Sex », littéralement : il n’y a pas une minute où je ne pense pas au sexe. Le sexe est même directement évoqué dans la chanson K@#*0%(kunt!) du deuxième album de Korn.
Le sexe n’y est pas forcément attirant, mais plutôt hors normes. Parfois il est sadique, hors la loi, monstrueux, comme dans la chanson Daddy de Korn, où il est question d’attouchements sexuels pédophiles. Le chanteur tombe d’ailleurs en sanglots à la fin de la chanson, déchiré par tant d’horreur.
La violence est permanente, et saisissante. Ce n’est pas pour autant un appel à la violence, c’est plus un moyen de la dénoncer et de l’extérioriser. Paradoxalement, la sexualité, en dépit de sa place majeure dans les textes néo-métal, ne se retrouve pas dans les pochettes d’album, ni dans les clips. La seule pochette qui pourrait avoir une connotation sexuelle est celle d’Around the Fur, le deuxième album de Deftones.
« And even though I don't' know ya
Through my lyrics I'll show ya »
Limp Bizkit, Nobody loves me
Le rap a apporté beaucoup aussi en ce qui concerne la construction des textes. Ainsi on retrouve beaucoup de textes parlant directement au public, comme dans la chanson My Generation de Limp Bizkit.
Ces thèmes récurrents ne sont pas, la plupart du temps, joyeux, bien au contraire. Seuls les cotés sombres de ces thèmes sont évoqués, pas de place pour l’amour et la paix sociale. Pourtant ces textes ont réussi à toucher un grand public ; les adolescents mal dans leur peau s’y reconnaissent.
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Il y a trois thèmes principaux à dégager des pochettes d’album néo-métal -même s’il est vrai que d’autres se dégagent aussi, tout en restant minoritaires. Il y a le dessin, souvent composé de couleurs ternes ou glauques. Il y a l’enfance, sombre, dangereuse, avec des ombres menaçantes. Et le thème de l’ange qui a des attribues démoniaques ou qui est entouré des enfers.
Vous ne trouverez pas ici toutes les pochettes dont je parle, seules quelques unes seront présentes histoire de rendre l'article un peu plus coloré. Vous les retrouverez toutes dans l'album photo spécialement créé pour cela.
Commençons par le thème du dessin. Cela fait maintenant plusieurs années que le manga prend une part importante dans la vie occidentale. L’influence de l’Asie dans l’art n’est pas un phénomène récent. Depuis les années quatre vingt, je japon bombarde le monde entier de ses Mangas. Les répercutions sociales et économiques sont très importantes. Cette mode devient telle qu’elle arrive à conquérir les Etats-Unis qui pourtant possède un lourd patrimoine en matière de bande dessinée et en dessins animés. Ce goût du dessin est accentué par la culture hip hop et ses graphes. Puis repris par la culture skate. Le phénomène prend alors une importance démesurée, et ses répercussions se ressentent dans l’art notamment en musique : dans les clips ou sur les pochettes. Il suffit pour le constater de regarder les clips Un jour en France et Music de Noir Désir, et de Madonna. Le néo-métal n’y échappe pas cf. exemples dans album photo. Il faut remarquer que ces dessins sont assez sombres, glauques. Premier exemple Follow the leader de Korn, une jeune fille joue à la marelle avec comme destination finale une falaise - avec un titre ironique. Pour accentuer cet aspect morbide, la fillette porte une robe rouge, et ce démarque par ce fait des autres enfants dans le coin gauche de l’image. Le dessinateur se serait il inspiré du passage terrible de la fille en rouge de la Liste de Schindler, film de Steven Spielberg traitant de la déportation sorti en 1993 ?
Ce dessin fut dessiné par Todd McFarlane le concepteur du comic américain le plus sombre jamais imaginé : Spawn. Tous les autre dessins sont de la même veine : des personnages torturés, sans visages ou alors avec des traits marqués par la tristesse ou la pauvreté. Cette caractéristique cadre parfaitement avec cette musique qui est par essence glauque. Même la pochette du deuxième album de Limp Bizkit Significant other, avec ses couleurs bleues à un coté mystérieux voir spectral. D’abord il suffit de regarder le visage du skateur représenté : il n’en a pas vraiment, il est entièrement noir, dans l’ombre. D’ailleurs derrière lui se dressent des sortes de spectres d’enfants.
Le thème de l’enfant revient aussi régulièrement. Cette image de l’enfant est torturé, menacée comme dans la pochette du premier album de Korn : une fillette fait de la balançoire alors qu’une ombre menaçante d’un homme tenant dans sa main un fer à cheval s’approche d’elle. La pochette du deuxième album de korn Life os peache nous montre un enfant découvrant deux reflets de son image dans un miroir. Tout ceci est digne de séquences de film d’horreur de John Carpenter.Toute l’imagerie des phobies de l’enfance se retranscrite : les clowns tueurs de Slipknot, le sadique du camion à glaces de Coal Chamber, ou l’enfant militaire de 30 Second to Mars, sans pour autant tomber dans l’halloweenesque d’Alice Cooper.
L’enfant qui représente la pureté, l’innocence, est souillé par cette violence.Cette ambiguïté beauté / horreur, innocence / violence, se retrouve dans l’imagerie de l’ange-démon . Des anges aillant des attributs démoniaques. Le premier groupe de néo-métal a utilisé cette imagerie est Coal Chamber lors de leur deuxième album : Chamber Music. Un ange joue du violoncelle. Si on en restait là, on imaginerait une pochette d’un album de fidèles chrétiens. Or cet ange joue de la musique dans un lieu sombre, embrumé, une sorte de forêt enchantée, lieu de perdition, et de rites païens.
L’ange du premier album de Crazy Town a plus les attributs du parfait démon : les cornes, la sensualité, une queue de diable pour la deuxième pochette , des tatouages et autres piercings. L’ange de Linkin Park est un soldat portant un drapeau et pourvu de quatre ailes. Celui de 3rd Strike est plus gothique qu’autre chose.
Toutes ces ambiguïtés rappellent directement la musique néo-métal : un son terriblement grave, une rythmique sèche de la basse et de la batterie, un chant torturé mélangé de périodes calme, voir angélique, et de période d’extrême fureur.
Le thème de l’ange démon n’est pas nouveau dans l’univers métal, mais la nouveauté ici réside dans son caractère bon enfant généré par le dessin.
Ces thèmes se retrouvent également dans les textes. Les thèmes principalement sont l’enfance, la sexualité, la famille.
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